CA TOULOUSE (1re ch. civ. 1re sect.), 15 octobre 2001
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CERCLAB/CRDP - DOCUMENT N° 827
CA TOULOUSE (1re ch. civ. 1re sect.), 15 octobre 2001 : RG n° 2000/04965 ; arrêt n° 459
Publication : Juridice
Extrait : « le défaut d’indication du numéro d’ordre sur l’exemplaire laissé au mandant et le défaut de respect des numéros d’ordre accréditent la thèse des consorts X. sur un démarchage à domicile en dépit d’une mention préimprimée sur le lieu de signature des documents ».
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
COUR D’APPEL DE TOULOUSE
PREMIÈRE CHAMBRE CIVILE PREMIÈRE SECTION
ARRÊT DU 15 OCTOBRE 2001
ÉLÉMENTS D’IDENTIFICATION DE LA DÉCISION (N.B. : mention ne figurant pas sur l’original)
N° de pourvoi : 2000/04965. Arrêt n°459.
Prononcé : A l’audience publique du quinze octobre deux mille un, par H. MAS, président, assisté de E. KAIM-MARTIN, greffier.
Composition de la cour lors des débats et du délibéré : Président : H. MAS Conseillers : R. METTAS M. ZAVARO
Greffier lors des débats : E. KAIM-MARTIN
Débats : A l’audience publique du 18 septembre 2001.
La date à laquelle l’arrêt serait rendu a été communiquée. Avant l’ouverture des débats, les parties ont été informées des noms des magistrats composant la cour.
Nature de l’arrêt : contradictoire
APPELANT :
- Monsieur X.
Ayant pour avoué la SCP RIVES PODESTA, Ayant pour avocat Maître COSTES Henry du barreau de Toulouse
- Madame Y.
Ayant pour avoué la SCP RIVES PODESTA, Ayant pour avocat Maître COSTES Henry du barreau de Toulouse
INTIMÉE :
SARL Z.
Ayant pour avoué la SCP BOYER LESCAT MERLE, Ayant pour avocat la SCP MONTEIS, GISTAIN du barreau de Toulouse
EXPOSÉ DU LITIGE (N.B. : mention ne figurant pas sur l’original)
FAITS, PROCÉDURE, MOYENS ET PRÉTENTIONS DES PARTIES :
Par mandat du 13 avril 1999, M. et Mme X. ont confié à la SARL Z. (Agence D), sans exclusivité, la vente de leur immeuble. Le 17 avril 1999, alors que l’agence avait obtenu l’agrément d’acquéreurs le jour même, M. et Mme X. résiliaient le mandat, indiquant qu’il n’avait pas été stipulé sur cet acte que la vente « ne pourrait se contractualiser qu’après nous avoir trouvé un logement à acheter ».
Sur assignation de la société Z., le tribunal de grande instance de Toulouse, par jugement du 4 septembre 2000, condamnait M. et Mme X. à payer à la société Z. 70.000 francs à titre de dommages et intérêts avec les intérêts au taux légal à compter du jugement et 6.000 francs au titre de l’article 700 du nouveau code de procédure civile.
* * *
Monsieur X. et Madame Y. divorcée X. ont relevé appel. Par conclusions récapitulatives du 8 août 2001, au visa des articles L. 121-21 à L. 121-26 du code de la consommation, de l’article 6 de la loi du 2 janvier 1970 et de l’article 72 du décret du 20 juillet 1972, textes d’ordre public, ils demandent, en faisant état de moyens nouveaux recevables au regard des articles 553, 565 et 566 du nouveau code de procédure civile :
* de juger que le mandat a été établi et signé au cours d’une opération de démarchage à domicile,
* qu’il est nul comme ne comportant pas sur le double carboné qu’ils détiennent le numéro du mandat, le lieu de conclusion du contrat, la faculté de renonciation et ses conditions d’exercice,
* que le mandataire ne peut donc prétendre à rémunération,
* qu’il y a eu renonciation de leur part dans le délai de 7 jours,
* que l’agence avait reçu mandat verbal et concomitant de recherche d’un bien à acquérir et que c’est arbitrairement qu’elle a porté une date de libération des lieux manquant ainsi à son obligation de conseil et allant à l’encontre des termes du mandat sur une vente libre de « toute location »,
Ils réclament 50.000 francs de dommages et intérêts, 20.000 francs au titre de l’article 700 du nouveau code de procédure civile. Ils demandent d’ordonner à l’agence et à ses frais, la mainlevée immédiate de la saisie conservatoire pratiquée entre les mains de Maître A.
* * *
La SARL Z., intimée, conclut à la confirmation et réclame 15.000 francs au titre de l’article 700 du nouveau code de procédure civile.
Elle invoque l’article 564 du nouveau code de procédure civile et relève qu’il n’y a lieu qu’à nullité relative selon l’article 72 du décret du 20 juillet 1972 ; que d’ailleurs les époux X. qui ne démontrent aucun grief, du fait de l’absence de numéro du mandat, ont renoncé à se prévaloir de la nullité en laissant l’agence faire visiter leur maison.
Elle dit que les acquéreurs ont renoncé, par la faute des appelants, à l’achat ; que le mandat a été signé à l’agence ; qu’il n’y a pas eu renonciation mais résiliation sans respect du délai de préavis ;
Elle ajoute que la date éloignée de libération des lieux fixée dans la proposition d’achat démontre sa conformité au vœu des vendeurs ; qu’il n’y a pas eu mandat de recherche entre elle-même et les époux X..
MOTIFS (justification de la décision) (N.B. : mention ne figurant pas sur l’original)
MOTIFS DE LA DÉCISION :
Attendu qu’en application de l’article 564 du nouveau code de procédure civile, les parties peuvent soumettre à la cour de nouvelles prétentions pour faire écarter les demandes adverses ;
Qu’en outre la renonciation à un droit ne se présume pas et que le début d’exécution du mandat n’emporte pas renonciation à se prévaloir d’une nullité ;
Qu’ainsi les appelants peuvent invoquer la nullité du mandat dont l’exécution est recherchée par leur adversaire ;
Attendu que le mandataire qui ne respecte pas les dispositions d’ordre public de la loi du 2 janvier 1970 et de son décret d’application ne peut prétendre à rémunération ;
Attendu que le mandat « carboné » en la possession des vendeurs ne comporte aucun numéro d’ordre alors qu’il résulte des articles 6 de la loi du 2 janvier 1970 et 72 du décret du 20 juillet 1972 que l’exemplaire qui reste en la possession du mandant doit mentionner, à peine de nullité, le numéro d’inscription au registre des mandats ;
Que cette irrégularité est d’autant plus flagrante que les feuillets photocopiés du registre des mandats démontre que ceux-ci ne sont pas enregistrés dans leur ordre chronologique ;
Attendu que la nullité requise qui sanctionne le non-respect d’une des dispositions d’ordre public relative au numéro d’ordre du mandat sur l’exemplaire en la possession du mandant, s’impose ;
Attendu que le défaut d’indication du numéro d’ordre sur l’exemplaire laissé au mandant et le défaut de respect des numéros d’ordre accréditent la thèse des consorts X. sur un démarchage à domicile en dépit d’une mention préimprimée sur le lieu de signature des documents ;
Attendu qu’il apparaît en outre que la date de libération des lieux du 15 novembre 1999 a été imposée par l’agence sans qu’elle ait reçu l’agrément préalable des vendeurs puisque les vendeurs, requis de venir signer l’acte sous-seing privé s’y sont aussitôt opposés pour ce motif, ce qui constitue un manquement aux obligations du mandataire ;
Attendu que les désagréments engendrés par ces manières de procéder ont incontestablement généré un préjudice moral qui sera suffisamment réparé par l’octroi d’une somme de 6.000 francs à M. X. et Mme Y. ensemble, les allégations et demandes de l’agence dans ses conclusions ne dépassant pas la mesure de ce qui peut être soutenu dans un litige où les thèses en présence sont diamétralement opposées ;
Attendu que l’agence qui succombe doit les dépens et une somme de 12.000 francs au titre de l’article 700 du nouveau code de procédure civile ; Qu’il échet de faire droit à la demande de mainlevée de la saisie conservatoire ;
DISPOSITIF (décision proprement dite) (N.B. : mention ne figurant pas sur l’original)
PAR CES MOTIFS :
LA COUR :
Déclare l’appel recevable en la forme ;
Infirme le jugement :
Déclare les prétentions de Monsieur X. et Madame Y. recevables ;
Constate la nullité du mandat de vente conféré le 13 avril 1999 par M. et Mme X. à la SARL Z. ;
Condamne la SARL Z. à payer à M. X. et à Mme Y. ensemble la somme de 6.000 francs ou 914,70 euros en réparation du préjudice subi et celle de 12.000 francs ou 1.829,38 euros au titre de l’article 700 du nouveau code de procédure civile;
Ordonne la mainlevée de la saisie conservatoire pratiquée entre les mains de Maître A. ;
Condamne la SARL P aux dépens de première instance et d’appel dont distraction au profit de la SCP RIVES-PODESTA.
Le présent arrêt a été signé par le président et le greffier.